T’allaiter

‍Depuis tes premières minutes de vie, tu tètes. L’allaitement s’est imposé comme une évidence avec toi. Ce n’est pas pour autant que les choses ont été faciles depuis le début. Loin de là ! 

J’ai dû apprendre

Il y a dix ans, je ne connaissais rien de l’allaitement. Et quand je suis tombée enceinte de ton frère, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. J’ai essayé pendant de longs mois en doutant jours après jours. Si j’ai allaité ton deuxième frère un peu plus longtemps, c’est juste parce que j’ai baissé les bras moins vite. Quand j’y repense, je suis déçue du manque de soutient et d’informations. Comme si l’allaitement était une pratique secrète dont tout le monde avait oublié le fonctionnement. Pourtant, sans que les femmes donnent le sein à leur enfant, l’être humain n’existerait pas. Allaiter, c’est comme donner la vie, respirer, se nourrir ou s’abreuver. C’est un besoin primaire et normal. Mais non, il a fallu que je sois convaincue que je n’avais pas assez de lait, que je devais leur donner le biberon, que je devais même me cacher par pudeur. 

Et puis avec toi toutes ses idées reçues se sont envolées, comme si elles n’avaient jamais existé. Je te voyais fouiner, bouger tes lèvres ou tourner la tête ? Je savais que tu cherchais mon mamelon et je te le donnais. Tu me montrais tes besoins, j’y répondais. Aussi simple que ça. 

Et pourtant ce n’est pas toujours facile

Mais si le geste est simplisme, la pratique elle, ne l’est pas ! Plus j’avance dans ma vie de mère et plus je me rends compte que chaque pas aux côtés des ses enfants est un apprentissage, peu importe leur âge. Pour ce qu’il en est de l’allaitement, il faut d’abord traverser les tranchées. Donner le sein, serrer les dents, sentir les contractions et attendre que ça passe. Alors qu’on est épuisée, qu’on vient de donner la vie, la difficulté nous frappe en pleine face. Et puis les crevasses viennent nous piquer comme des petites pointes de couteaux jusqu’à ce qu’on trouve enfin la bonne position. Il en faut de la volonté pour continuer n’est-ce pas ? Mais cette volonté est en nous, elle est née en même temps que nos enfants et libre à nous d’y puiser nos forces lorsque le besoin s’en fait sentir (pour allaiter ou pour biberonner car non, le biberon n’est pas une solution de facilité et les parents qui choisissent cette façon d’allaiter leur enfant méritent aussi des encouragements !) 

On peut s’attendre alors à un long fleuve tranquille. L’allaitement est mis en place, il ne nous reste qu’à rester de marbre devant les éternels « quoi ? Tu l’allaites encore ? À trois mois ?? »… oui, passons. Pour je le pense la majorité des femmes, il est maintenant temps d’apprécier. On se baigne dans les hormones bienfaitrices que l’on dégage à chaque moment tétée. Ces hormones qui nous aident à nous sentir bien et qui nous offrent entre autre, un sommeil plus réparateur qu’au commun des mortels. Le bonheur !!!

Rien ne remplace ces moments

Bonheur qui pourtant est souvent entre coupé de doutes. Bébé grandit et ne veut toujours pas de biberon quand on est pas là, ne fait pas ses nuits, demande le sein aux moindres peurs et aux moindres maux. On se rend compte que si la lolette a été inventée, c’était bel et bien pour remplacer la poitrine de maman. Tu n’as pas de lolette ma chérie, et parfois je n’en peux plus de cette demande qui survient jusqu’à plusieurs fois par heures. Je n’en peux plus de ces nuits si courtes (pourtant je sais bien que l’allaitement n’y est pour rien. À cet âge tes frères ne tétaient plus et mes nuits étaient pareilles) et de ce sentiment d’être irremplaçable. Je souffre même de cette sensation qui touche quelques femmes. Le sentiment de dégoût et d’écœurement. Oui, lorsque la fatigue est trop présente et que ta bouche s’enroule autour du mamelon je me sens parfois mal. Un sentiment désagréable qui remonte du plus profond de moi. Je ne sais pas pourquoi, c’est comme ça. Et puis ça passe. À la fin de la tétée quand tu étais petite, au bout de quelques secondes maintenant. Mais j’ai tenu bon. Au bout de seize mois nous en sommes toujours là. Tu ne demande et je te donne. Tu commences à comprendre petit à petit lorsque ce n’est pas le moment , ou lorsque je ne souhaite pas te laisser attraper l’autre sein comme le ferait un chaton. Tes petites griffes sur ma peau son parfois trop fortes. Tu te fâches et je te calme autrement. Tu apprends. Nous apprenons même. D’une façon si douce au finale que parfois encore j’ai de la peine à y croire. Tu es comme moi, tu as un caractère explosif caché sous une couche de douceur. Mais ce parentage proximal nous aide à traverser chaque étapes avec beaucoup de douceur. C’est comme ça que je t’allaite toujours. Que je n’écourte pas ces moments. Parce que tout ce que je viens de citer plus haut, ce n’est rien comparé à ton petit corps qui s’endort contre moi. Ton souffle apaisé lorsque tu te laisse aller dans mes bras. Cette fierté et ce bonheur de te donner ce que j’imagine comme le meilleur de moi-même et de me rendre compte que face à la difficulté que c’est parfois, cela me prépare de la meilleure façon à accueillir la suite avec assurance. J’y arrive maintenant, j’y arriverai demain. Et cette philosophie, tes frères en profitent aussi. Je me sens tellement plus mère pour eux aujourd’hui. Merci de tout ce que tu m’as appris.

Alors quand tes petits ongles me griffent un peu trop. Quand ta demande est trop fréquente à mon goût, quand j’en ai marre que tu me sollicites, je pense. Je pense à toi et à tout ce bonheur que je te transmets en t’allaitant. Je pense aussi au fait que ces moments ne durent qu’un instant. Que quand tu l’auras décidé dans quelques mois ou années, ils seront derrière nous. Je pense à ce bonheur immense que je ressens et qui prend le dessus sur tout le reste. Je le forge en moi parce que quand cette période sera devenue un souvenir, je sais qu’elle me manquera. Tu grandis déjà tellement vite alors je savoure.

Écharpe de portage : Leora Rêverie
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