Portage et autisme

J’ai porté ton frère dès sa naissance

Pour répondre à ses besoins de tout petit. Et 18 mois plus tard, il t’a laissé sa place, heureux de pouvoir gambader avec les ailes que le portage lui avait donné. Je l’ai toujours montré comme exemple lorsque les gens me questionnait. Et je fais de même avec ta petite sœur aujourd’hui. Ne va t’il pas s’habituer ? Cet enfant demandera toujours les bras de sa mère.
Non, regardez le courir devant moi, regardez comme il me dit au revoir avec le sourire lorsque je pars. Regardez le me demander de pouvoir aller seul à l’école en me soufflant un bisous. Et sa petite sœur comme lui, a marché vite, est dégourdie et demande rarement les bras.

Mais pas toi mon poussin.

L’écharpe ne comblait pas tes besoins de tout petit que tu semblais parfois ne pas avoir. Ou ne pas montrer. Avec le recule je pencherai plus pour la deuxième option. Mais te porter t’apaisait lorsque tout d’un coup tu passais du calme tranquille à l’ouragan de pleurs.

Quand ta sœur est née quelques années plus tard, j’ai découvert que le portage était indispensable pour s’occuper à la fois d’une fratrie et d’une maison. Deux mains libres, pour les repas, les jeux… mais pas avec toi. Lorsque tu étais petit, tu me laissais jouer avec ton frère et faire le repas. Tu ne semblais pas vraiment avoir besoin de mon attention.

Mais je t’ai porté à chaque fois qu’il fallait sortir de la maison. Tu avais tant de mal à marcher, je t’ai aidé à te déplacer. Ce problème n’était pas que physique, je l’ai vite compris. Tu avais besoin de plus de temps pour t’ouvrir au monde. Ou ne pas t’ouvrir après tout. Tu es devenu « la tortue ». Car lorsqu’on s’approchait trop de toi, tu cachais aussitôt ton petit minois dans le tissu rassurant. Juste contre moi. Plus tu grandissais et plus les choses devenaient dures. J’ai même laissé tomber l’idée de te préparer à sortir pour te porter à la place. Tellement plus simple. Au lieu de rester cloîtré à la maison, entre ces quatre murs rassurants, nous nous sommes mis à parcourir les chemins de la forêt. Emportant ta maison sur mon dos, le monde c’est ouvert à tes besoins. Rien ni personne pour te faire peur dans ce cocon rassurant.

Tu as pris ton temps pour descendre, quelques minutes puis quelques heures. Tu l’as fait doucement, à ton rythme, choisissant le moment et l’endroit.

Aujourd’hui

Tu avances seul sur les chemins qui te sont familiers. Mais alors que tu fêteras tes 6 ans cet hiver, le portage est toujours d’actualité. Il suffit d’un bruit, d’une personne, d’un sentiment pour que tu perdes tous
tes moyens. Et il suffit d’une écharpe pour que tu les retrouves. En ville, en vacances, dans un musée, le portage est devenu la béquille de ton handicap invisible. Il nous permet d’aller partout et de tout traverser.

Tu es la preuve que même les plus beaux des papillons ont besoin d’un cocon pour se développer. Et que se cocon n’empêche en rien de devenir indépendant. Au contraire !

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