Partager sa patience

 

Il y a des jours où je n’ai plus la patience. Plus la patience d’écouter les autres, de faire attention à eux, de me soucier de quoi que ce soit. Parce que chacun de mes pas, je dois les faire à double et toute mon énergie je la réserve pour nous faire avancer.

Devoir sortir de la maison est à peu près égale à partir en voyage sur un autre continent. Au niveau du stress que cela engendre je veux dire. Pourtant, on en a pour cinq minutes à pied aller-retour. Tout le monde est capable de faire ça, n’est-ce pas ? On attrape une veste, on enfile ses chaussures et on est déjà parti. Et bien non. Loin de là. Parce que pour s’apprêter à faire un parcours du combattant, il faut bien plus qu’une veste et des chaussures.

Il faut, pour commencer, prendre totalement conscience qu’on va devoir quitter ce lieu rassurant qu’est la maison pour le monde extérieur imprévisible. Ce dehors si bruyant et plein de choses. Plein de gens qui risquent de vouloir nous dire bonjour. Quitte à se moquer pour essayer une fois de plus d’obtenir ce regard et ces mots décrétés comme étant la moindre des politesse.
Et puis on ne sait jamais vraiment si le temps d’attente sur place sera plus long que prévus, si on va finalement changer d’avis et acheter du pain en route avant de rentrer. Si on va croiser un voisin avec qui échanger deux mots. Enfin deux mots… souvent se sont plutôt des bruits rigolos, des mimiques ou des mouvements qui partent dans tous les sens. Et comme on n’a pas de décodeur à donner, nos petites tentatives pour communiquer finissent souvent par faire un flop.
Il se pourrait aussi qu’on ait soif ou besoin d’aller aux toilettes, sans que le problème puisse être réglé rapidement et simplement. Et tous ces regards qui se tourneront alors, lorsqu’on exprimera notre panique ne seront qu’un facteur de stress supplémentaire. Pourquoi les gens désapprouvent ce mal être avec si peu de sympathie ? Ils sont sans doute déroutés par ces tempêtes de colère soudaines qui dévastent tout sur leur passage.

Ensuite, il faut se préparer, enfiler ses affaires l’une après l’autre alors qu’on ne sait jamais vraiment comment s’y prendre. C’est un méli-mélo de gestes étonnants et si peu naturels. Dans quel sens enfiler ses chaussures, comment mettre le bon bras dans la bonne manche. Et les boutons ? Les scratches ? La fermeture éclaire ? Et ce bonnet que j’aimerais tellement pouvoir garder sur mes yeux, mais que je dois placer comme il faut sur ma tête. Et la même chose après, dans l’autre sens. Rien qu’à l’idée de ne pas réussir à se dévêtir rapidement donne envie de suffoquer.

Et à la maison ? À la maison on se lâche totalement. On est un dinosaure, un dragon caché au pied d’un volcan ou encore un monstre venu de l’espace. Quoi qu’il en soit, ses créatures font autant de bruit qu’une fusée prenant son envole pour un autre univers. Du matin au soir, tous les jours. Qu’on essaye de se concentrer pour lire, écrire, parler, cuisiner, dessiner ou jouer à autre chose. Et ce monde merveilleux et remplis de magie nous suit partout. Si bien qu’il est dur d’écouter ce qu’on nous dit. Si tant est qu’on arrive à percevoir qu’on s’adresse à nous. Tout comme comprendre que pendant les repas, les autres personnes assises à table préféreraient parler de leur matinée d’école ou de travail.

Et puis franchement, on ne comprend pas très bien leurs besoins, ni pourquoi elles nous en parlent au fond.

C’est ça, essayer de satisfaire les besoins de chacun, de la manière la plus équitable possible. Il y a le travail de maman à la maison, qui est aussi prenant de jour que de nuit. Et puis il y a le travail de maman d’enfant exceptionnel, qui vient s’additionner. Celui là est si spécial qu’au final parfois, on ne sait plus trop où on en est. On a l’impression d’être souvent à côté de la plaque. Ou pas sur la bonne. On essaye de s’arrêter un peu pour respirer et reprendre depuis le début. Mais on se rend compte que ce n’est pas possible. On est dans un train qui va vite, vite et même si il y a des gares, on ne peut pas descendre plus de dix minutes avant de repartir. Le voyage est merveilleux bien sûr, mais il est aussi parfois épuisant. Mais on continue, on regarde par la fenêtre le paysage qui défile, tout ce qu’on a déjà parcouru. C’est beau. Et on se dit que les montagnes qu’on aura à passer, on les passera à notre rythme. Notre enfant dans les bras. Rien n’est insurmontable. Tout est source d’enrichissement. Tout est un appel à la découverte. Grandir ensemble, jusqu’au bout.

Alors, oui, parfois je suis à des années lumières de vous, mon casque anti-bruit sur les oreilles pour pouvoir entendre mes propres pensées. Parfois je me fâche ou me vexe pour pas grand chose. Ou je me mets à pleurer pour une phrase mal interprétée. J’explose de colère face à une petite tête bouffie et indignée en déversant d’un coup tout ce que je m’étais retenue de dire aux autres. Parce que je n’essaye plus de faire d’efforts, le temps de reprendre des forces. Je n’essaye plus de peser mes mots ou de mettre du miel dans mes paroles. Je me présente juste tel quel et sans filtre, comme mon fils. Prenez ça comme une façon de le soutenir !

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